Sites des préfectures en panne : l'État redécouvre le panneau d'affichage, et ne veut plus le rendre
Mercredi, les sites de toutes les préfectures ont été coupés par précaution, à cause d'une faille informatique. Les annonces officielles sont passées « par voie d'affichage ». Selon une note consultée par Mediatart, l'administration a beaucoup aimé.

Mercredi après-midi, les sites internet de toutes les préfectures ont affiché le même message : « Maintenance en cours ». Une faille venait d'être découverte dans un logiciel utilisé partout dans le monde. Le ministère a tout coupé, par prudence, et annoncé que les informations seraient publiées « par voie d'affichage ». Sur un mur. Avec des punaises.
Une note veut garder le liège
D'après une note interne du Haut-Commissariat à la Continuité Sereine, l'expérience est « très concluante ». Le panneau d'affichage n'a besoin d'aucune mise à jour. Il ne tombe jamais en panne. Personne ne l'a piraté depuis 1958. La note propose de le garder « à titre provisoire et définitif ».
Lire une affiche, sur rendez-vous
Rien n'est interdit. Les affiches restent consultables par tous, du lundi au vendredi, de 9 h à 11 h 30. Pour lire sans faire la queue, on peut réserver un créneau en ligne. Le site de réservation est toujours en maintenance.
Une caméra au-dessus du panneau
Chaque panneau recevra une petite caméra, pour mesurer « l'engagement des usagers ». Un passant qui lit une affiche jusqu'au bout gagne un bon point sur son indice de confiance civique. Un passant qui la lit deux fois est signalé, au cas où il l'apprendrait par cœur.
Les punaises remises contre signature
Reste le problème des punaises. Elles disparaissent. La note recommande de les distribuer au guichet, quatre par affiche, contre signature. Une punaise perdue retarde une décision de plusieurs semaines. À partir de deux, l'arrêté ne tient plus au mur, et n'est donc plus applicable.
Devant la préfecture de Mâcon
Gérard a soixante-dix-huit ans et n'a jamais eu d'adresse électronique. Depuis des années, il explique à la préfecture qu'il ne trouve plus rien. On lui répond que tout est sur le site.
Jeudi matin, il est venu devant le panneau de la préfecture de Mâcon avec son thermos, ses lunettes et un tabouret pliant. Il a tout lu, jusqu'aux horaires de la déchetterie. Avant de partir, il a sorti de sa poche une punaise apportée de chez lui, et l'a plantée dans le coin d'une affiche qui se décollait.
Yanis Ferrandou