Comment demander une augmentation : votre assistant négocie avec celui du patron, vous attendez dans le couloir
C'est la question que tout le monde tape avant l'entretien annuel. Une circulaire consultée par Mediatart y répond : le salarié ne demande plus rien. Son assistant négocie avec celui du patron, et lui attend dans le couloir.

Chaque automne, la même question revient. Comment demander une augmentation ? Les guides conseillent de préparer ses arguments, de choisir le bon moment et de rester calme. Une circulaire du ministère du Travail apaisé, consultée par Mediatart, règle la question du calme de façon définitive. Le salarié ne parle plus.
Depuis la réforme dite de « négociation fluidifiée », la demande se fait entre assistants. Celui du salarié contacte celui du patron. Les deux logiciels se retrouvent dans un salon virtuel et discutent à la vitesse du réseau. Un entretien qui durait une heure en dure désormais quatre secondes.
Le salarié reste présent, pour la forme. Il attend dans le couloir, sur une chaise prévue à cet effet, en « zone d'écoute passive », d'où il n'entend rien. Il a le droit de lever la main. La main est notée dans le compte rendu.
La circulaire fixe les règles du débat. L'assistant du salarié peut invoquer l'ancienneté et la vie chère. Celui du patron a accès à l'historique de navigation du salarié et à ses absences du vendredi. Les deux assistants viennent du même éditeur. Celui-ci assure qu'ils ne se parlent jamais en dehors des négociations.
L'assistant du patron est une version de gamme supérieure, plus persuasive. Celui du salarié est la version gratuite, qui commence chaque phrase par « Je comprends tout à fait votre position ».
À Lyon, Yasmina, 46 ans, tient l'accueil d'une tour de bureaux de la Part-Dieu depuis dix-neuf ans. Mardi, elle a attendu sa négociation au 34e étage, son badge à la main. L'entretien a commencé à 10 h 02. À 10 h 02, son téléphone a vibré : « Bonne nouvelle. »
L'augmentation est accordée à partir de janvier. Le même jour, son assistant est passé tout seul à la formule « Négociateur », facturée chaque mois, pour le même montant. Un message la remercie de sa confiance.
En redescendant, Yasmina a croisé Gérard, le vigile, qui terminait sa nuit. Il n'a pas d'assistant et n'a jamais demandé d'augmentation. Elle lui a raconté l'entretien. Il a ri, puis il a coupé son pain au chocolat en deux.
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Bérénice Lhostal