Gazole à 2,35 euros : des stations testent le plein payable en 36 mensualités, avec boîtier de surveillance du conducteur
Face à la hausse des prix à la pompe, une jeune société propose un crédit à la consommation adossé au réservoir. Mediatart a consulté sa plaquette : le taux varie avec le cours du baril, et un boîtier note chaque coup de frein jugé « dispendieux ».

La plaquette commerciale tient sur un dépliant glacé de huit pages, couleur ciel d'été. Elle s'intitule « Plein Serein » et promet, en lettres rondes, de « libérer les Français de la dictature du ticket de caisse ». Elle est distribuée depuis deux semaines dans une dizaine de stations-service tests, où le gazole frôle 2,35 euros le litre.
Le principe est celui d'un crédit renouvelable adossé au réservoir. Le client fait le plein, ne paie rien, et rembourse en 36 mensualités. Le taux d'intérêt suit le cours du baril. S'il monte, la mensualité monte. S'il baisse, une clause prévoit que « la baisse sera répercutée avec prudence ».
Le boîtier de sobriété
L'annexe la plus discrète est la plus instructive. Chaque souscripteur reçoit un « boîtier de sobriété » fixé sous le volant. Il enregistre les accélérations, les freinages et les trajets jugés « non essentiels », et calcule une note de conduite qui fait varier le taux.
Un aller-retour à la mer coûte 1,2 point. Une visite à la famille, 0,4, « sauf si la famille est malade, sur justificatif ». Un trajet domicile-travail ne coûte rien, « le travail étant par nature un déplacement vertueux ».
Les clients premium dispensés
En cas d'impayé, le boîtier peut limiter le véhicule à « un usage strictement professionnel, puis strictement piéton ». La plaquette précise que les clients « Premium », titulaires d'un revenu supérieur à quatre fois le salaire minimum, en sont dispensés, « leur conduite étant présumée raisonnable ».
La société, que nous avons jointe, assure que le boîtier « ne surveille personne, il accompagne ». Elle prépare une version pour vélos.
La note de conduite n'est pas calculée par la société elle-même. Elle est confiée à un modèle d'IA « d'analyse de sobriété », qui a appris sur des millions de trajets à reconnaître les déplacements « non productifs ». Il classe les visites à l'hôpital dans la catégorie « tourisme médical » tant qu'aucune ordonnance n'a été scannée.
Le plein de Karim
Karim, aide-soignant de nuit dans un hôpital de l'Essonne, a souscrit en septembre. Il a fait le calcul sur une feuille de papier pliée en quatre dans sa boîte à gants : il remboursera en 2029 le plein qui l'a conduit à son entretien d'embauche.
Il a eu le poste. Il dit que c'est le plein le mieux rentabilisé de l'histoire. Son boîtier, lui, lui a retiré 0,8 point pour un détour nocturne. C'était pour raccompagner une collègue chez elle, après une garde de douze heures.
Yanis Ferrandou
Dossier : Après le 17 octobre